Les Grands Débats de l’Observatoire : Quelle collaboration homme-machine dans l’usine automatisée de demain ?

Le 17 décembre 2014 s’est tenue la deuxième édition des Grands Débats de l’Observatoire Fives des usines du futur, qui a réuni des experts de différents horizons autour de la question « Homme + robot : une équipe gagnante pour l’usine du futur ? ».

Ces Grands Débats clôturent le cycle évènements 2014 de l’Observatoire, qui a permis d’approfondir la question de l’industrie de demain, posée par Fives depuis 2012 et la création de l’Observatoire.

Alors que la réflexion engagée jusqu’ici permet de mieux entrevoir les contours de ce que sera l’usine du futur - une usine plus petite, plus propre, plus flexible, plus connectée, mettant en œuvre de nouvelles technologies et de nouveaux matériaux - la question de la place de l’homme est au cœur de toutes ces facettes, et en particulier celle de la coopération entre ces deux faux ennemis que sont l’opérateur et le robot.

Une robotisation nécessaire pour la pérennité de l’industrie française

Le robot, ennemi de l’emploi ?

Une première table ronde posait la question de la substituabilité et de l’éventuel danger du remplacement de l’homme par la machine : les peurs suscitées par l’automatisation sont-elles justifiées ? Le robot est-il l’ennemi de l’emploi, et l’opérateur lui survivra t-il ?

Max Blanchet, Senior Partner chez Roland Berger, a commencé par souligner l’obsolescence de l’appareil productif français (17 à 19 ans en moyenne) par rapport à celui de ses voisins européens, et la diminution tendancielle des investissements dans le secteur industriel, alors qu’il existe une dynamique positive entre taux de robotisation et taux d’emplois. Pour l’économiste Robin Rivaton, la robotisation est même une condition de la pérennité de l’industrie française, alors que les pays émergents s’équipent massivement (la Chine s’équipe chaque année de 37 000 robots industriels, alors que le parc français en compte 34 000 au total) ; la production industrielle sera ainsi dopée et optimisée par l’automatisation, ce qui lui permettra de conserver son avantage dans des secteurs clés pour l’économie française. Marcel Grignard, Président du think tank Confrontations Europe et ancien Trésorier confédéral de la CFDT, a validé le fait que les entreprises doivent être innovantes et s’automatiser pour être performantes et conserver leurs emplois. Il souligne par ailleurs l’importance de l’accompagnement de l’ouvrier, qui doit être formé pour aborder sans crainte cette nouvelle collaboration homme-robot qui le délestera enfin de tâches pénibles et dangereuses. Ces idées ont été illustrées par l’exemple de la société Redex, représentée par Sylvie Bernard-Grandjean, son CFO et Directeur du développement : la robotisation a permis à ce spécialiste français de la mécanique fine de rester compétitif sur la scène internationale, tout en gagnant en précision et en orientant ses ouvriers vers des tâches moins rébarbatives, sans impact négatif sur l’emploi.

Pour mieux tirer profit de la révolution robotique, il faut repenser la conception des systèmes de production

Quel rôle pour l’homme dans l’usine automatisée de demain ?

La seconde table ronde proposait à trois intervenants d’échanger sur le rôle de l’homme dans l’usine automatisée de demain et sur la façon dont cette collaboration homme + robot pouvait être optimisée dans l’usine du futur.

Pour Bernard Carera, Directeur général de Stäubli Robotics, ce duo pose un ensemble de défis techniques à relever, avant de pouvoir proposer une solution sécurisée et fonctionnelle. Le robot doit être, comme l’opérateur, doté d’une perception afin d’agir adroitement et sans danger avec l’opérateur ; son interface et son ergonomie doivent donc faire l’objet d’une attention particulière. Plus globalement, José-Vincente de Los Mozos, Directeur des Fabrications et de la Logistique de Renault, a rappelé combien la programmation de la chaîne de production devait être « souple » afin de laisser à l’opérateur toute sa part de créativité et de discernement, en exerçant une activité de contrôle des lignes de production et de la qualité des produits. Armand Hatchuel, co-responsable de la Chaire Théorie et Méthodes de la Conception innovante à l’école des Mines ParisTech, a souligné combien la transformation des systèmes de conception était nécessaire (dès le bureau d’études), tout comme notre représentation traditionnelle du robot : celle-ci doit évoluer pour faire place à l’idée d’une richesse proposée par une révolution robotique et qui réside bien dans la conception pensée en amont du processus de production.

Dans l’armée, le numérique a transformé le métier des opérateurs

Témoignage du Général Mercier : Homme + machine, une équipe gagnante dans l’Armée de l’Air

Le Général Denis Mercier, Chef d’Etat Major de l’Armée de l’Air, a fourni l’exemple d’un autre domaine où s’est posée la même problématique de la collaboration homme-machine : l’Armée de l’Air a déjà accompli sa propre révolution numérique, amorcée il y a vingt ans. L’arrivée des drones, systèmes technologiques de pointe, a profondément transformé le métier des opérateurs, qui ont d’abord pu craindre cette mutation, mais qui, désormais soustraits aux contingences physiques, sont passés du métier de pilote d’avion à celui de manager d’opérations aériennes. Se pose également la question de la place de l’homme dans ces écosystèmes connectés et complexes : au sein d’un centre de commandement centralisé, les informations reçues en temps réel par le biais de capteurs sont mises au service de l’intelligence humaine : elles constituent un ensemble d’éléments déterminants pour une prise de décision qui ne peut être qu’humaine.

L’homme, créatif, bénéficie de toute la puissance de la machine

Le regard de Cédric Villani : une relation « homme + robot » toujours plus féconde

L’évènement a été clôturé par Cédric Villani, mathématicien et directeur de l’Institut Poincaré, qui a proposé de voir cette relation « homme + robot » sous l’angle de la dialectique « maître-esclave » de Hegel. En effet, s’il s’agissait d’abord d’une dialectique maître/esclave – l’homme jouissant gratuitement du labeur de l’ordinateur – cette relation a basculé dans une dialectique maître/élève bien plus dynamique et féconde. Si le maître (l’homme) veut garder le respect de l’élève (le robot), il lui revient de le programmer intelligemment, de se réserver la part créative de l’ouvrage et de profiter ainsi de la prodigieuse vitesse d’exécution de la machine. Ainsi, dans l’usine, il convient de retrouver cette interaction utile entre les trois composantes du « ménage à trois » (l’usine, le robot et les hommes) tendus alors vers l’innovation, se stimulant mutuellement par leurs performances dans une répartition intelligente des rôles et des compétences pour obtenir, in fine, de meilleurs rendements.

Une réflexion sur l’usine du futur amorcée en 2012

Comme l’a rappelé Frédéric Sanchez, Président du Directoire de Fives, lors de son intervention, la réflexion positive sur les usines du futur lancée par Fives en 2012 trouve son origine dans deux tendances : sur le plan technique, comment faire en sorte que l’usine soit plus propre, plus flexible, plus performante, et sur le plan sociétal, comment casser les stéréotypes d’une population française plus éloignée que jamais de son industrie en rendant celle-ci plus acceptable et attractive.

En 2014, l’Observatoire Fives des usines du futur a associé des experts de Solvay et de Michelin qui sont venus témoigner d’initiatives originales qui feront l’usine de demain. La 2e édition du Cahier de l’Observatoire, éditée en mai, a permis de faire le point sur les dernières tendances et innovations en matière d’industrie durable, tout en présentant les contributions de Fives à la réflexion impulsée par le gouvernement au travers du plan « Usine du futur », dont Fives est, avec Dassault Systèmes, le co-pilote.

Retrouvez les actualités, les publications et toutes les vidéos des évènements de l’Observatoire Fives des usines du futur sur le site www.lesusinesdufutur.com.